Le Feu

Une flamme et ma conscience s’allume.
C’est ma vie qui s’éteint…
Des cendres, comme celles du corps,
Le corps semi-mort qui aspire la flamme.
Combat contre moi,
Contre ce plaisir indécent qui toujours m’appelle;
Comme une monotonie qu’on apprivoise avec envie.
Et cette âpreté, du même gris que l’effluve,
Dans une vague hivernale, c’est elle qui semble me rapprocher,
Du temps des flocons,
Où tôt ce matin, le brouillard s’est levé pour brimer le vide,
Pour compenser l’absence…
Entre ma bouche et mes doigts s’opèrent un étrange rituel,
Et j’entends mon esprit murmurer une sourde ritournelle…
Il faut arrêter. Il faut arrêter.
C’est un coupable rappel qui me force à songer,
À ta parcimonie, Épicure, que les temps ont altérée,
Mais qui fut le possible accès à toutes les majestés…

 

La Fée Morgane

Vieille enfant

À toi que le regard fait mourir, parce que je t’avais promis, il y a longtemps.

(Parce qu’un handicap, c’est dans la tête des gens.)

Elle est vieille cette enfant,
C’est dommage parce qu’elle est un peu belle.
Elle ne parle pas de sa différence tout haut,
Même si son regard s’en charge comme il faut.

Elle est vieille cette enfant,
C’est dommage parce qu’elle me rappelle,
Le temps des coquelicots et des ballades à la plage,
Le temps d’écouter et d’admirer le paysage.

Elle sait rire de tout
Mais ce qu’elle préfère surtout
C’est écouter la connerie
Que les garçons lui racontent avec poésie.

Elle est vieille cette enfant,
Elle cherchait l’occasion
D’apprécier l’intention
Du présent instant.

Au prix de décisions
De matérielles attentions,
Elle a manqué de présence,
Elle a manqué de constance.

Elle est vieille cette enfant,
Et son regard me demande tranchant,
Si la pitié est un charmant présent,
Si elle donne le droit d’être innocent ?

 

La Fée Morgane