Transparence

Transparence… Qu’évoque-t-elle précisément ici ?

Représentez-vous ces moments où tout en votre être suggère le vice, le baratin pitoyable, la préméditation mûrie presque pourrie, les désirs sordides nourris par des incubes lancinants… Rappelez-vous les détournements d’effusion de génie que les muses vous inspiraient et dont vous faisiez votre lot de caprices. Désir sans retenue dépassant la conscience morale.

Je ne suis pas un héros, je ne suis pas digne; mes pensées sont amères, mes actes intéressés : je suis un homme… Ceci est ma transparence.

Le prix du silence est d’un tribu rongeur. Vermine parasitaire plus que son déni. Le déni est couvert à demi par des dires traîtres. Et les mots eux… tranchants… vrais… d’une réalité oppressante… ils vous lacèrent. Chaque gorgée est certes un poison mortel. Avec soin, non qu’il soie curatif bien au contraire, il se savoure, élixir d’euphorie intensément enivrant. La dégustation a mis bas: le manque. Il est un animal insatiable. Il ne se repaît pas, il se camoufle dans l’attente d’une proie. J’ai besoin de verbes vrais. De vérité, plus que de la franchise ou de l’honnêteté, le détail est malsain… (soupire)

Ce flux de parole conserve, tente d’abriter avec peine un côté salvateur. Entre douleur et réconfort, la transparence ne va guère quérir la complaisance. Elle cherche plus profondément. Dans nos tripes, dans nos chaires, dans nos os, dans nos secrets inavouables, en nos actes dissimulés: la transparence exige le déversement total de notre substance. Elle requière plus que la symbiose, ne vise pas l’osmose… son dessein ? La pureté de l’être dans sa condition humaine, dans son simple appareil. Mettez-moi à nu… Doucement, tout doucement… chut… … (silence) … voilà… Stop ! J’y suis. Madame. C’est vos yeux dans les miens que je découvre votre reflet mien. Ceci est mon image. Vous êtes ma parure.

 

La Fée Morgane

Le visage de la misère

Lorsque je vois la faim fouiller dans les poubelles,
Je prends conscience du poids de nos escarcelles.
Quand nos instincts de cette maladie
Ne parvient à chasser l’agonie,
Et qu’ils la renforcent sans cesse
Jusqu’à la dernière prouesse,
Ils nous font boire jusqu’à la lie
Les injustices de la vie.

Et c’est la terre des meurtres passés
Qui vient agrandir la fosse des miséreux.
Et ce sont les corps et les dépouilles entassés
Qui nous font prendre conscience d’eux.

C’est une peste sans symptômes
Qu’on fait pousser dans les dômes
Des taxes et des institutions
Dont on fabrique les munitions.

Et on y travaille à cette société pleine d’amour
Où fleurit au grand jour
Le crime et l’avidité
Cachés sous les traits de la protection de l’individualité

Qu’il est morne ce libéralisme déconstruit
Qu’il est usé, qu’il est détruit,
Par la force d’un capitalisme sans conscience
Dont nous observons aujourd’hui la présence.

Nos choix renforcent chaque jour l’amour portée
À cette toute-puissante entité.
Notre société alimente l’assurance de cette continuité
Que l’on paie en pensant l’avoir achetée.

 

La Fée Morgane

Le sable de mes pensées

Quand le passé et ses rancunes sont trop lourds à porter mieux vaut les laisser en chemin. Quand la haine n’est qu’une expression voilée de l’amour, traduite par la jalousie et l’envie, je laisse sécher les sentiments sur la terre de silice. Les souvenirs ont une autre image, salés par l’écume ou dilués dans les vagues.
La plage serpente la mer et la terre cède ses remparts. Quand il n’y a plus que l’espace et l’infini, c’est l’aube d’une nouvelle vie.

 

La Fée Morgane

Ode à la beauté

Au-delà des humaines espérances, les notes d’une lointaine évasion, dans les profondeurs et les souffrances d’un absolu bien humain et dans la réalité et l’oppression d’un bonheur insaisissable, juste une seconde, l’esprit calme de valeurs intarissables, quand la douleur se fait écho à des aspirations plus profondes, c’est le temps de toucher à la beauté dans sa fougue incorruptible, le charme de ses attentes, le ravissement de mon esprit, traduite à l’oeil, à l’oreille ou l’intention, mouvante perception, harmonieuse pensée rayonnant sur la clairière des idées…

 

La Fée Morgane

La lumière

J’oublie ce que je suis pour pouvoir m’adapter à cette vie
Mais à force de m’user, je mesure mon envie…

Cette coupable impression de ne trouver sa place,
Ce sentiment d’abandon me déchire et me glace.

La lumière éblouit mon obscurité;
De la promiscuité avec parité.

 

La Fée Morgane

Vieille enfant

À toi que le regard fait mourir, parce que je t’avais promis, il y a longtemps.

(Parce qu’un handicap, c’est dans la tête des gens.)

Elle est vieille cette enfant,
C’est dommage parce qu’elle est un peu belle.
Elle ne parle pas de sa différence tout haut,
Même si son regard s’en charge comme il faut.

Elle est vieille cette enfant,
C’est dommage parce qu’elle me rappelle,
Le temps des coquelicots et des ballades à la plage,
Le temps d’écouter et d’admirer le paysage.

Elle sait rire de tout
Mais ce qu’elle préfère surtout
C’est écouter la connerie
Que les garçons lui racontent avec poésie.

Elle est vieille cette enfant,
Elle cherchait l’occasion
D’apprécier l’intention
Du présent instant.

Au prix de décisions
De matérielles attentions,
Elle a manqué de présence,
Elle a manqué de constance.

Elle est vieille cette enfant,
Et son regard me demande tranchant,
Si la pitié est un charmant présent,
Si elle donne le droit d’être innocent ?

 

La Fée Morgane